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Collection de cartes anciennes

Le papier

Le papier, une matière née de l’innovation

Son Histoire

Le papier est aujourd’hui un support familier, omniprésent dans notre vie quotidienne, mais son histoire est longue et fascinante. Avant son apparition, les civilisations ont utilisé d’autres supports d’écriture comme le papyrus et le parchemin, qui répondaient déjà au besoin de conserver et transmettre les savoirs. Le papier proprement dit est généralement attribué à la Chine, où sa fabrication est mise au point au début de notre ère, puis perfectionnée par Cai Lun en 105 après J.-C. 

Fabriqué à partir de fibres végétales, le papier s’est d’abord diffusé en Asie, puis a gagné le monde arabe avant d’arriver en Europe plusieurs siècles plus tard. Son adoption a profondément transformé la circulation des idées, l’administration, l’éducation et la culture écrite. Longtemps réalisé à la main, il est ensuite entré dans l’ère industrielle à la fin du XVIIIe siècle, avec la mécanisation de sa fabrication

 

D’un support artisanal à un matériau industriel

 

Pendant des siècles, le papier a été produit de manière artisanale à partir de chiffons, de lin, de chanvre ou d’autres fibres végétales. Cette fabrication lente donnait des feuilles souvent très résistantes et recherchées pour l’écriture et l’impression.

  

 

Le bois

À partir du XIXe siècle, la production change profondément avec l’introduction de la pâte à bois, qui permet une fabrication plus rapide, plus abondante et moins coûteuse.

Cette évolution a rendu le papier beaucoup plus accessible, mais elle a aussi modifié ses propriétés physiques et sa durabilité. Le papier chiffon est généralement plus stable et plus pérenne, tandis que le papier à base de pâte à bois peut être plus sensible au vieillissement, à l’acidité et au jaunissement.

 

Au fil du temps, le papier s’est diversifié pour répondre à des usages très variés : écriture, dessin, impression, emballage, conservation, communication visuelle ou création artistique. Ses qualités se sont adaptées aux besoins techniques, économiques et esthétiques de chaque époque.

 

Aujourd’hui encore, malgré la montée du numérique, il reste un matériau essentiel, à la fois pratique, culturel et symbolique

 

Une matière toujours vivante

 

L’histoire du papier est celle d’un matériau qui a accompagné l’évolution des sociétés humaines. Né d’un savoir-faire artisanal, il est devenu un outil majeur de diffusion des connaissances, puis un support industriel universel. Son parcours illustre la rencontre entre innovation technique, transmission culturelle et usage quotidien. 

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Les différents papiers

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Feuille de papier Kozo et Gampi
Image d'internet © FineArtStore.com
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Fabrication d'une feuille de Washi
Image d'internet © awagami factory à Tokushima

Le papier asiatique

- Le chanvre

- Le Kozo

- Le Mitsumata et le Gampi

Datation: Vers l’an -160 avant J.-C.

Composition: 100% fibres végétales

Fabrication : Les plantes sont macérées dans l’eau puis les tiges sont frappés au maillet. Les fibres sont placées dans une grande cuve pour être mélangée à de l’eau et de la colle (issue du broyage de racines). Une forme est ensuite plongée dans la cuve afin de récupérer de la pulpe de fibre et de former les feuilles qui seront séchées au soleil.

La feuille obtenu est homogène mais elle peut parfois présenter des résidus d’écorce ou de fibres mal raffinées, appelés « andouilles ».

Conservation: Ce papier d’origine végétale, de par ces fibres et par son encollage, est très vulnérables aux insectes xylophages et aux micro-organismes. De plus, ce papier est fragile à la manipulation.

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Le papier arabe

Datation : À partir de 751 après J.-C.

Composition : 100% fibres de coton ou de lin ou de chanvre

Fabrication

Même procédé de fabrication, mais avec des matières premières différentes : du chanvre local, du lin d’Égypte et du Levant espagnol, ainsi que du coton. Les artisans ont notamment eu l’idée de recycler de vieux chiffons de coton pour les transformer en pâte à papier.

L’encollage intervient après la formation de la feuille : celle-ci est trempée dans un bain de colle à base d’amidon de blé. Une fois sèche, la surface du papier est lissée à la pierre afin d’atténuer les irrégularités de relief.

La feuille obtenue est homogène, mais plus épaisse que le papier asiatique.

Conservation : Ce papier est très vulnérables aux insectes. xylophages et aux micro-organismes.

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Photographie d'un manuscrit arabe
Collection privée du Maroc © Identifiez Conservez vos papiers anciens d'Olivier Maupin 
Le papier chiffon de lin vergé
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Gravure illustrant les innovations en papeterie
Image d'internet © Georg Andreas Böckler, Theatrum machinarum novum...

Datation : De 1336 à 1860

(Arrivé en Europe via  l’Italie en 1272 mais l’Église refuse ce papier arabe d’origine musulmane et païenne, qui est fragile et délicat à stocker. Le papier met du temps à surpasser le parchemin).

Composition : 100% fibres de chiffons de coton ou de lin

Fabrication : Elle se mécanise grâce à plusieurs innovations :

  • L’arrivée du marteau-pilon, actionné par la force hydraulique des cours d’eau.

  • Le pressage sous presse et l’essorage de chaque feuille entre deux feutres de laine.

  • L’encollage, désormais à base animale.

  • Le séchage, qui ne se fait plus au soleil mais dans un étendoir.

  • La création de la forme en bois et en laiton, qui permet la fabrication de feuilles en série.

  • À la fin du XVIIe siècle, les Hollandais conçoivent une pile à chiffons beaucoup plus rapide, qui facilite le travail. Les Français l’utiliseront à partir de 1780.

La feuille de papier obtenue, d’épaisseur variable, est vergée : on voit apparaître par transparence les marques de la forme à papier en laiton. La traçabilité du papier devint vite une exigence gouvernementale en matière de contrôle des écrits ; ainsi, le papetier doit signer sa fabrication par un filigrane, motif visible seulement par transparence.

Conservation

L’utilisation du fer dans la fabrication du papier laisse des particules métalliques dans les feuilles. Cela provoque des taches d’oxydation en cas d’excès d’humidité dans l’air ambiant, ou si le papier chiffon humide est en contact avec un carton ou une surface de bois acide. Le côté de la feuille en contact s’hydrolyse alors, sous forme de petites taches rousses. C’est ce qu’on appelle le foxing.

La différence d’épaisseur de pâte à papier sur une même feuille provoque aussi des déformations et des gauchissements.

Ce papier est également sensible aux moisissures et aux insectes xylophages.

Le papier chiffon modifié

Datation : Du XVIIIème siècle à aujourd’hui

Composition : 100% fibres de coton ou de lin + produits chimiques

Fabrication :

Il devient difficile de s’approvisionner en chiffons ; des essais de nouvelles matières sont donc menés avec des feuilles d’arbres, du chanvre, des bouses de vache et de la paille, sans succès. Des procédés chimiques sont alors mis en place pour laver les chiffons : du chlore dans une eau à 40%, puis, dès 1850, une lessive de cristaux de soude dans une chaudière rotative chauffée à 135 °C. Pour rendre le papier opaque et imprimable, on lui ajoute des charges minérales telles que du talc, du carbonate de calcium ou du kaolin.

En 1798, Louis-Nicolas Robert invente une machine à fabriquer du papier en continu, marquant le début de la fabrication industrielle du papier. Cette machine, longue de 6 m, peut produire environ 960 m de papier en une journée.

Sa fragilité mécanique impose aux imprimeurs et aux graveurs d’utiliser des feuilles au grammage le plus élevé possible, afin de garantir une bonne imprimabilité.

Le papier est plus souple et présente des « andouilles », ce qui le rend hétérogène. Il est plus blanc à la fabrication.

Conservation

L’apport de la chimie dans la fabrication du papier entraîne une perte de résistance mécanique. La feuille est plus poreuse et donc plus sensible au foxing, dont les taches sont plus imposantes, d’où le nom également donné d’« œil de bœuf ». De plus, l’ajout d’alun, destiné à faciliter l’encollage à la gélatine, rend le papier plus friable.

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Reproduction de la machine à papier en continue de Louis-Nicolas Robert
Photographie © Moulin à papier de  Frogmore, Angleterre
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Périodique en papier de pâte 100% fibres de bois
 © Carole Jeanneret en 2026

Le papier de pâte mécanique de bois

Datation : De 1802 à aujourd’hui

Composition : 50% fibres de bois / 50% de fibres de coton ou lin

                             puis 100% fibres de bois

Fabrication : Le chiffon vient à manquer et devient très cher ; l’idée d’exploiter des fibres de bois apparaît alors en 1802 en Angleterre. Puis, des défibreuses à bois sont imaginées dès 1844 en Allemagne, mais le papier manque de qualité. Les papetiers ont alors l’idée de combiner l’ancienne pâte de chiffons avec ce nouveau procédé économique.

En 1867, une nouvelle défibreuse, efficace et capable de recycler en continu les déchets de pâte à bois, fait son apparition. Elle permet enfin la fabrication d’un papier composé à 100% de bois (80 kg de papier pour 100 kg de bois). Ce nouveau papier, au prix compétitif, est utilisé pour la confection du papier journal et des périodiques.

La feuille de papier obtenue est hétérogène et sa surface est très lisse sur ses deux faces. Par transparence, le papier présente des formes nuageuses.

Conservation

Le papier contient de la lignine, qui soude les fibres dans le bois et réagit fortement aux ultraviolets, provoquant un jaunissement important.

Les fibres de papier sont courtes, ce qui entraîne un manque de souplesse et d’élasticité de la feuille. Cependant, son faible pouvoir absorbant facilite le travail d’impression à plat.

Autre problème de conservation : dès sa conception, le papier possède un pH faible autour de 6, ce qui le rend très acide. Un mauvais stockage (changements hygrométriques, lumière, poussière, etc.) accélère le processus de dégradation, rendant le papier très friable.

Le papier de pâte chimique et mécano-chimique de bois

Datation : De 1854 à aujourd’hui

Composition : 100% fibres de bois

Fabrication

Pour obtenir un papier blanc, des ajouts chimiques sont réalisés lors du processus de fabrication du papier de pâte de bois, comme la dissolution de lessive de soude caustique. Mais la perte de matières premières est importante (environ 65% pour 100 kg de bois).

Dès 1880, l’acide bisulfite de calcium est utilisé avec succès ; cependant, cela entraîne une importante perte de résistance mécanique du papier.

Enfin, les papetiers ajoutent à la pâte des charges minérales (kaolin, talc, carbonate de calcium, etc.). Celles-ci améliorent la stabilité dimensionnelle, mais elles sont très sensibles à l’humidité et se détachent de la surface du papier, entraînant une perte de lisibilité.

La feuille de papier de pâte chimique ou mécano-chimique de bois présente une surface homogène et une transparence poudreuse. Sa surface est lisse sur les deux faces. Le papier montre des formes nuageuses par transparence et il est friable.

Conservation

Ce papier est plus résistant que le papier de pâte chimique de bois et convient mieux à toutes sortes d’impressions, mais il est plus cher que ce dernier.

Il est cependant sujet au foxing, de même intensité au recto comme au verso de la feuille.

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Carte entoilée en papier de pâte chimique
de bois
© Carole Jeanneret (Travail réalisé en 2024)

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